Protégé : L’Homme. Et pendant ce temps.

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Écrire (3).

Quand soudain tout s’arrête ou presque.

Le monde autour tourne au ralenti.

Les bruits n’existent plus.

La notion du temps s’est carapatée emportant avec elle les urgences et priorités qui font de moi la prisonnière de la tour de la raison.

La tête démange et gronde comme un volcan.

Il faut que ça jaillisse.

Explosion incontrôlée incontrôlable.

Tout est vomi sur le clavier.

Ensuite, il faut ranger, disposer, structurer, organiser pour aider l’autre à saisir pour donner aux mots de l’intérêt…

Crises trop peu nombreuses, retenues par les contentions de mes obligations.

Plume paysanne (5)

La porte est claquée avec vigueur. Avant déjà, il faisait silencieux.

Maintenant, c’est pire, on entend l’écho du silence.

L’absence de bruit rebondit sur les murs et enveloppe chaque objet, chaque être présent dans la pièce même le plus infime.

C’est le moment qu’elle préfère dans sa journée de solitude. Quand tout s’arrête pour mieux recommencer.

Quand son rythme à lui, imposé, est suspendu pour laisser sa musique à elle prendre les commandes de la maison.

Cela dure une fraction de seconde. Et tout se remet en branle un peu comme un cœur qui repart.

Elle s’installe sur le petit tabouret près de la fenêtre, les mains logées sur les genoux et regarde la silhouette tant aimée s’éloigner de la bâtisse.

Pour elle aussi, la journée commence.

Une de plus, une encore …

Plume paysanne (4)

Derrière la porte, l’anorak rapiécé est pendu et attend l’heure de la sortie.

A ses côtés, les bottes en caoutchouc encore crottées de la veille sont soigneusement rangées sur le paillasson.

C’est pour maintenant…

L’agitation, même lente, est palpable.

La porte se refermera bien vite, sans un mot échangé. Il faudra attendre le soir.

Une journée de plus mais encore combien à tenir ?

Plume paysanne (3)

Elle chipote.

Elle se déplace.

Essuie le bord de la cuisinière.

Revient sur ses pas.

Lentement, en traînant les pieds.

Elle frotte les deux faces de ses mains usées sur son tablier bleu à motifs fleuris après avoir posé le chiffon sur le bord de l’évier en pierre bleue.

Son regard s’évade par la fenêtre.

Elle est perdue dans ses pensées.

Figée sur place un instant

Ou une éternité, qui sait ?

La vie de l’homme assis derrière elle

La rappelle à sa réalité.

Elle s’active à nouveau.

Remplit la tasse de l’homme avec du café chaud.

Elle pousse un petit grognement

Et avant même la fin de celui-ci,

L’homme en fait de même, comme pour lui répondre.

Il siffle son café chaud d’une traite.

Il regarde l’horloge de la cuisine.

Gagnée à une tombola de la paroisse. Il y a bien longtemps.

Un oiseau naïf, peint sur le fond du cadran écru semble se moquer d’eux.

Il est temps.

Plume paysanne (2)

Les mains, abîmées par la terre et les animaux

Tournent les pages du journal.

Le doigt âgé explore la page et cherche l’information.

Les yeux se plissent pour l’effort

Sous les lunettes d’un autre temps

Seule paire de la maison, rafistolée,

Que l’on se partage pour les rares occasions de lecture.

La chaise craque au moindre mouvement du vieux corps écrasé par les années d’accomplissement.

La pluie tombe si près, juste de l’autre côté du carreau.

On l’entend s’écraser sur le verre.

Elle tente de rentrer depuis tellement d’années.

Combien de temps encore va-t-elle chercher à s’engouffrer ?

L’eau bout sur la vieille cuisinière,

Presqu’en continu le temps du matin.

Le couvercle métallique de la cafetière se soulève régulièrement

Et retombe aussitôt dans un bruit rassurant.

Sur la table en bois, le café fume déjà dans la tasse.

L’air ambiant est lourd des poireaux de la veille, chaud et moite.

L’air enveloppant du dedans avant d’affronter celui du Grand Dehors.

Une boîte métallique contenant le sucre est posée sur la toile cirée, ouverte, à moitié vide.

Juste à côté des mots croisés découpés dans un journal jauni.

La résolution en a été interrompue. Le petit bout de crayon attend son heure. Ses prochains mots. Son labeur. Il viendra en son temps…

Quelle est ici la mesure du temps ?

Plume paysanne (1)

Par la fenêtre étroite,

l’œil, à l’aube levé,

Observe le soleil faire de cet instant une grâce matinée.

Il règne un presque grand silence dans la maison.

A peine un craquement de bois, sous les pas lents.

Un tic-tac au salon.

Lointain, berçant, pas dérangeant,

Ici, aucun mot n’accompagnera l’odeur de café.

Ni ce matin, ni les autres.

La parole s’économise.

Les gestes lents prennent trop de place.